SOTTA
Ce soir, il mest donné dévoquer avec vous U ME RUGHONU, SOTTA.
Commune du Sud de la Corse, SOTTA connaît sur 6650 hectares un habitat très dispersé occupé par 826 personnes.
La plupart de ses lieux de vie se trouvent le long dA PIAN DAVRETU, lieu de passage obligé entre les deux rives de lextrême Sud mais également entre la mer et la montagne.
Si lhistoire de la commune de SOTTA est intimement liée à celle DI SURBUDDA et DI A SARRA DI SCOPAMENA puisque sa naissance administrative ne date que de 1853 par la séparation effective des terres davec ces dernières il en va tout autrement du riche passé de ses alentours.
En effet, son territoire a été pendant des siècles le creuset de civilisations qui y ont laissé beaucoup de traces tant dans leurs réalisations que dans la mentalité de ses habitants.
Tout change sur cette commune : le tourisme na pas de prise sur la vie quotidienne et la pierre dans sa diversité semble occuper lespace comme pour rappeler quelle participe à la mémoire de la contrée. Contrairement aux communes de lextrême Sud de la Corse, SOTTA na pas de façade maritime ce qui en fait probablement son originalité et ce qui la préservée certainement de la spéculation foncière.
Commune rurale par essence, SOTTA sétend depuis les hauteurs de CAGNA, pour finir aux confins de SANTA GHJULIA, FIGARI et BUNIVAZIU.
A tant de particularités, à tant de diversités sont venues sajouter des légendes et des contes fantastiques, des croyances et des pratiques mystérieuses qui éclairent mieux les vestiges et la tradition qui font loriginalité de cette commune.
Cette diversité sexprime déjà dans son système dhabitat : SOTTA a la particularité dêtre dotée du plus grand nombre de hameaux pour une commune corse : 36 hameaux aux noms plus évocateurs les uns que les autres : CHERA, CANCARACCIA, PETRALONGA, SALVA DI LEVU, AQUADILICI, SCALEDDA, PURGU, etc 36 hameaux que le chantre GHJUVAN ANDRIA CULIOLI devait dénommer dans un magnifique poème I QUARTIERI mais que le parler de SOTTA retient comme I PASCIALI. A chacun de ces hameaux est attaché le berceau dune famille : les CULIOLI à CHERA, les MILLELIRI à BORIVULI, les SALVINI et les FILIPPI aux deux PETRALONGA, les COMITI à CARDETTU, les PACINI à CANCARACCIA, les RUDI à SALVA DI LEVU, etc
Situés entre 100 et 300 mètres daltitude, ces hameaux connaissent une seule exception notable : BITALZA, hameau de CASEDDI les célèbres bergeries du plateau de CAGNA à 1000 mètres daltitude, où le culte torréen était déjà présent.
Indiscutablement, SOTTA est une commune de montagne et sa vocation agricole est importante.
Sur ce point lélevage bovin est une tradition qui est complétée par une pratique de cultures destinées à la consommation familiale.
Cela explique mieux que le territoire de SOTTA se soit placé sous la protection de SAN MARTINU, saint de labondance.
Ainsi, au moment dA TRIBBIERA, lorsque des gens passaient près de lARGHJA, ils saluaient en sécriant « SAN MARTINU, SAN MARTINU » ce qui signifie bénédiction.
Il est vrai que pour les cultures agricoles, cette contrée a toujours offert dimmenses possibilités : longtemps dédiée aux LIMIE, à A BIADA et aux fenaisons, la commune a connu dans les années 60 lengouement de lexploitation intensive de la vigne.
Traversée par un affluent du STABIACCU, fleuve qui se déverse dans le golfe de PORTI VEGHJU, lURGONU a permis de doter dès le XVIIIème siècle la commune de moulins à eau dont il reste encore des bases au lieudit LASTREDDU.
Dans lextrême Sud, chaque commune de montagne avait son pendant A PJAGGHJA qui se rejoignait par des sentiers et des chemins muletiers.
Ainsi SANTA LUCIA DI PORTI VEGHJU était le point de départ dA ZUNZESSA, PORTI VEGHJU celui D A QUINZESSA , SOTTA était celui dA SARRINCHA qui sest perpétué par la suite par une liaison régulière dautocars. Ce phénomène DI A MUNTANERA permettait aux populations de fuir en été la malaria et offrait aux troupeaux des lieux de pacage plus propices, à telle enseigne quil était dit à quelquun qui faisait la route en sens inverse :
« sè comè u conti Pazzu, ti ni fali in piaghja avali ! »
A parcourir le maquis di A PIAN DAVRETU, fait de lentisques, de cistes, de myrtes, darbousiers, de bruyères et dogliastres, Jean NOARO, dans sa chronique dun voyageur en Corse note que cette campagne est marquée par lévolution.
Il est vrai que ce territoire est riche dun passé hors du commun fait de récits, dédifices et de traditions.
SOTTA est une terre de légende.
Avant tout celle dURSU ALAMANU, -- U CONTI PAZZU -- seigneur dAVRETU qui pratiquant le droit de cuissage sera décapité par le mazzeru PIUBETTU un 31 juillet, jour sacré pour le MAZZERISME puisque tous ses adeptes sont censés se réunir aux cols de montagnes corses, tandis quau même moment LUDDAREDDU est brûlé IN PORTI VEGHJU.
Cette légende en entraînera une autre : celle du MUSCONU DAVRETU, mouche à lhaleine pestilentielle sortie du crâne dURSU ALAMANU, qui anéantira toute la population de la contrée, en fait annonciatrice de la grande Peste.
Les survivants devaient se réfugier dans les grottes alentours. Ce phénomène amena une autre légende : celle dA ZINEVRA DI A CANCARACCIA , considérée comme sorcière et qui fut condamnée à être écartelée par le Tribunal de lInquisition.
On dit de quelquun que lon veut rejeter, envoyer très loin, au diable, écarter « MANDALU, IN ZINEVRA ».
La légende du BANCU DI VASCULACCIU qui veut que lon aurait trouvé dans lenceinte de ce dolmen des lingots dor masqués par une pierre bleue et qui auraient servi au XIIIème siècle, pour certains, à faciliter la construction par les Templiers de lEglise Saint Dominique de BUNIVAZIU et pour dautres à réaliser lescalier du Roi dAragon dans la même ville.
Terre de légende, SOTTA est également terre de mystères et il nest que de parcourir les ouvrages de Dorothy CARRINGTON ou de Roccu MULTEDO pour sen convaincre.
Ces deux chercheurs trouveront dans la contrée le terreau de leurs espérances et relèveront :
- des pratiques de désensorcellement avec le rite di A SFUMA
- des pratiques dexorcisme : à CHERA lorsque lon avait achevé la construction dune maison, on égorgeait un bouc et on arrosait de son sang les quatre angles de la bâtisse.
- des pratiques de désenvoutement avec le SIGNATORI.
- des superstitions : labbé Paul FILIPPI (GREGALE) rapporte cette coutume de SOTTA « Tutti pigliavanu un tizzone accesu di u capannicciu (focu di Ghjuvanni) purtavanu in casa issu « vivu » e u tinianu per signa a malatia di u cherbone pè guari lanimali pigliati dàssa malatia ».
- des pratiques de mazzérisme avec par exemple A Mazzera CRUNEGLIA de CHERA.
- des pratiques de magie : le jour de lAscension par trois fois lURGONU, affluent du STABIACCU qui traverse la commune sarrête de couler.
- des cultes forestiers avec, selon MULTEDO, lexistence à SOTTA dun insecte du nom de « Sylvain » et dont la piqûre est grave. Il pourrait sagir du Silvano, cité par dANNUZIO, coléoptère dont le nom français est sylvane et vivant dans lécorce des arbres. Mais il pourrait aussi sagir dune divinité de la forêt, tirée de la mythologie latine.
- des pratiques paiennes : par la cueillette de branches dimmortelle et darbousier le matin de la Saint Jean et dASCINZIONE, une plante grasse, le matin de lAscension avant le lever du soleil.
ROCCU MULTEDO à la recherche du veau dor et du taureau anadyomène nhésite pas à placer chacun des yeux de ces animaux mythiques à FIGARI et à SOTTA, leurs cornes se plaçant sur PORTI VEGHJU et BUNIVAZIU. Cest dire combien sont fortes sur ce territoire les manifestations rationnellement indiscernables.
A ces différents modes dexpression, il faut y joindre tout ce qui a pu être réalisé par lhomme sur ces terres.
A PIAN DAVRETU était traversée par une voie romaine (ce qui explique le nom du lieudit LASTREDDU qui vient de LASTRONE qui signifie grande dalle ou LASTRACU dallage en pierre)
On trouve sur le territoire de la commune de SOTTA un système mégalithique riche avec le dolmen de POGHJARELLA qui sinscrit dans une couronne de pierres et qui a fait lobjet de recherches importantes.
A VASCULACCIU une nécropole mégalithique appelée BANCALU a donné naissance à la légende des lingots dor.
SOTTA participe au complexe torréen avec la forteresse de TAPPA, située au sommet dun piton rocheux voisinant avec le STABIACCU.
Lemplacement est de premier ordre selon Daniel RIBBA et fut utilisé par les néolithiques dès le IVème siècle avant notre ère.
TAPPA est aussi ancien que TORRE et fut construit probablement à la même époque pour former lun des maillons de la piste torréenne.
Personne na oublié le long poème de GHJUVAN ANDRIA CULIOLI chantant son majestueux ORIU DI CHERA :
« LU VARDIANU DI CHERA
GHJORNI DI LAVORI E FESTA
CU LA SO MUTA PRIGHERA
CHEDDU PORTA ANNANTA TESTA
VIGHJA CU NOSCU LA SERA
SUTTA LA VOLTA CILESTA »
Mais celui qui recueille le plus dattention et dintérêt demeure celui du hameau DI I CANI. Dautres ORII sont relevés à SOTTA car cest à partir dun TAVONU naturel dans un rocher que les anciens ont eu lidée de construire un mur pour en faire un abri, une demeure et plus tard une réserve à grains ou à foin.
Les ruines du château dURSU ALAMANU laissent transparaître lexistence dune base en pierres et probablement, si on en juge par les pointes de fer que lon y a retrouvé, une structure supérieure en bois. Sa situation stratégique en faisait un point dobservation incomparable et à ses pieds se trouvait tout un système dhabitat et de lieux de cultes notamment la chapelle de SANTANDRIA qui date du Xième siècle et qui est en cours de restauration et plus loin celle de MONTILATI - .
Pas très loin de ce site, on a trouvé dans les environs de CUVO les vestiges dune église baptismale datant du XIIème siècle où, le jour de la Saint Jean, le Piévan baptisait tous les enfants.
SOTTA est doté dun très intéressant patrimoine architectural de caractère roman. Ainsi de la chapelle SANTURSULA à PETRALUNGA FILIPPI aujourdhui en ruine et que lon dit sur jumelle de SAN QUILICU de MONTILATI construites toutes deux au XIIème siècle.
La chapelle de SANTAUSTINU à CHERA construite vers le VIIème siècle puis reprise presque complètement vers le milieu du Xème siècle. Cette chapelle était une MONACHIA, petit sanctuaire permettant à un moine ou à un ermite qui vivait de son troupeau et de ses jardins, dassurer laccueil, le soutien moral et loffice. Ce système a perduré jusquau XVIème siècle.Une autre MONACHIA a été retrouvée au lieudit MUNACU à CAGNA.
Terres de foi, SOTTA a également connu des heures de lutte. A loccasion de la libération de la Corse en 1943 la population participa dans le cadre de la Résistance au ralentissement des colonnes allemandes et des Chemises Noires de lAfrika Korps.
Ils livreront combat sur la route qui relie SOTTA à CARBINI au tunnel dUSCIOLU où la légende veut que SAINT GEORGES ait tué U MUSCONU DAVRETU pour empêcher la progression de la peste vers la montagne.
Ce trait du hasard donne encore plus de sens au dicton populaire qui veut que lon dise de quelquun qui fait beaucoup de bruit :
PARI TUTTU U BUVON
DAVRETU
Des liens étroits ont toujours existé de tous temps entre lhomme et les roches. A SOTTA lhabitat de granit semble avoir été voulu pour sintégrer aux paysages contrastés comme pour ne pas lattenter, comme si ses habitants avaient voulu se fondre dans la pierre pour en constituer la mémoire.
Le granit, taillé en blocs de forme régulière « I QUADRI » donne une certaine unité aux constructions.
Plus diversifié est le nombre de personnalités qui sont issues de la commune de SOTTA. Quon en juge :
GHJUAN-ANDRIA CULIOLI, chantre de la poésie corse.
Gabriel Xavier CULIOLI, romancier et journaliste.
Les CULIOLI, promoteurs de la langue corse avec leurs dictionnaires
GHJUVANNI LUCIANI de CUVO, linguiste, poète et journaliste
Joseph COMITI, ancien Ministre
Jacques ROCCA SERRA, homme politique marseillais
Paul COMITI, « gorille » du Général de Gaulle
La générosité qui sest dégagée et qui se dégage encore de ces hommes na dégale que celle qui émane di i pasciali dont ils sont issus.
Et si comme 42 communes de Corse, SOTTA est éclatée en deux zones géographiques : un bourg, siège de la mairie et des hameaux, cest probablement par ces derniers que sera redécouverte cette commune.
Par sa diversité et ses traditions encore bien ancrées, SOTTA semble prête pour voir se développer un tourisme à dimension humaine et à caractère culturel et naturel.
Le professeur BALBI voit la Corse comme un centre mondial de cristallisation de léconomie écologique et identitaire. Assurément la commune de SOTTA peut en être la tête de pont.
Sa situation géographique entre la zone dattraction que représente PORTI VEGHJU et celle de FIGARI avec notamment son système aéroportuaire en fait un havre recherché par ceux qui souhaitent connaître une qualité de vie et une immersion dans une nature préservée.
SOTTA est une commune méconnue qui se prête à la découverte à la condition essentielle de lui accorder un regard différent.
SOTTA U NOSCIU SUVIDDATU
Guy PACINI
Février 2000